Dom Guy, abbé de St-Chaffre, recevait bénéfice : dans le Vivarais de 35 fermes, dans la viguerie de Bozon et le hameau de Felgères ; en Gévaudan, 4 fermes et un moulin, plus, à Langogne, des domaines de Mas-Richard, le Nirgoult, le Monteil, le Cheylaret et St-Clément; en terre de Grèzes, le village de Claurie avec pâtures et bois.

Eglise et monastère de Langogne en Lozère

Eglise et monastère de Langogne

Eglise et monastère de Langogne en LozèreC'est en 998 que furent fondés église et monastère, en la viguerie de Milias.
Il est probable que l'approche de l'an 1.000 dut fortement influer pour cette fondation. La conviction généralisée, venue d'une fausse interprétation de l'Apocalypse, était que la fin du monde devait sonner par l'appel des trompettes d'argent des anges et que le Christ viendrait pour le Jugement dernier, dans la vallée de Josapha.
Sous le crédit de prédicants intéressés ou ignares, la foule des fidèles, épeurée, se tassait dans les églises et oratoires. Les possédants léguaient leurs biens au clergé pour s'assurer protection au royaume de Dieu.
Si cette histoire se révèle comme une duperie, les donations n'en restèrent pas moins acquises, bien que rien d'anormal n'ait surgi à la date fatidique. En était-il ainsi à Langogne ? Son histoire va nous renseigner.

Eglise et monastère de Langogne en LozèreDans le Gévaudan, comme dans les provinces Mérovingiennes, délégations de pouvoir étaient passées à des "compagnons" ou "comtes" pour veiller et assurer l'autorité royale. Or, en suite de l'affaiblissement de la royauté, ces délégations de pouvoir temporaires devenaient permanentes et bientôt héréditaires, à l'avènement des Carlovingiens. Par ce truchement se constituèrent les fiefs féodaux. Il advint que de simples officiers ou fonctionnaires, délégués de la couronne, s'incrustèrent seigneurs du pays. Ainsi durent se créer les comtés du Gévaudan.
Pour administrer la vaste étendue du domaine placé sous sa domination, le comte, haut personnage désignait des "vicomtes" (vice gerens comitis) ou bien, s'il avait des enfants, il sectionnait son terroir et attribuait un "vicomte" à chacun.
Il n'existe pas exacte certitude pour connaître la filiation qui avait pourvu d'important héritage l'auteur de l'acte de fondation de l'église et du monastère de Langogne mais son hérédité semble s'établir comme suit :
Le comte Pons, qui gouvernait Rouergue et Gévaudan, transmettait, par voie de succession, son héritage à son frère Bertrand, déjà vicomte du Rouergue, lequel passait, à son tour, à l'aîné de ses fils, Richard, le vicomte de Milhaud et, au cadet, Etienne, le vicomte du Gévaudan.
Ainsi se retrouve le nom d'Etienne dans la "chartre" (suivant l'orthographe usité) de donation rédigée dans la forme ci-après : "sunt autem iste ressitac in Comitatu Gabalitano in vicaria Milla censé in villa quœ dicitur Lingonia seeus ripan Eleria", qui donne en traduction libre : "Tout cela est situé dans le Comté Gabale dans la viguerie Milliac, domaine dit de Langogne, le long de la rive de l'Allier".
Le domaine "Milliac", nom celtique devenu "Médio-lanum" par adjonction du suffix "acum" comprenait le castrum Gabale, plus tard oppidum Romain ou Mont-Milan.
Il est raisonnable de penser que le domaine donné comportait un volume de population suffisamment important pour remplir la nef du sanctuaire à construire et coopérer à l'exploitation du vaste territoire adjoint. Il est probable aussi que le vicomte devait résider à Langogne, plutôt qu'à Javols en ruine, Mende bourg insignifiant ou Grèzes sinistre forteresse et en région très froide.

L'Histoire des pays d'Arverne et du Velai éclaire la création du monastère. Elle expose que St-Calmin ou Carmélius, Auvergnat de naissance et de famille sénatoriale, qui gouvernait son pays, revenant de Rome, était passé aux îles de Lérins. Il emmena quelques religieux Bénédictins pour fonder l'abbaye de Caméli ou St-Chaffre et fit d'Eudes le premier abbé. Ce dernier venait d'une famille d'Orange et avait été diacre à Saint-Paul-Trois-Chateaux. Son frère avait revivifié l'abbaye de Montana en Arverne.

Eglise et monastère de Langogne en LozèreSt-Chaffre eut sous sa dépendance St-Pierre-du-Puy, Chamalières en Velay et Fraissinet près du Monastier. Or, Pierre l'abbé de St-Pierre, devînt évêque de Viviers, en 993. Il conseilla au vicomte Etienne, qui avait des terres sur son diocèse, de fonder monastère et église sur son vicomte. Calmin promit de fournir les moines. Il ne devait cependant pas voir la réalisation de son projet et décédait, ainsi que sa femme Namadie. Le monastère de Mauzac, en Auvergne, recevait leur sépulture. Ses promesses furent néanmoins tenues et St-Chaffre prenait Langogne sous son égide.
Donc, Etienne et sa femme Anglemonde ou Almedis, avancés en âge et sans enfant, inquiets de la fin prochaine du monde, eurent, d'après la légende, un rêve identique qui leur faisait léguer à une œuvre pieuse leurs possessions terrestres pour acquérir la grâce céleste, au jour du jugement dernier. Ils allèrent à Rome. Le pape, Grégoire V, encouragea, comme on pense, leur dessein et leur promit des reliques saintes et d'expédier une bulle couvrant la fondation de sa protection et la plaçant sous la dépendance de la papauté "ad vitam oeternam". Ainsi, Dom Guy, abbé de St-Chaffre, recevait bénéfice : dans le Vivarais de 35 fermes, dans la viguerie de Bozon et le hameau de Felgères ; en Gévaudan, 4 fermes et un moulin, plus, à Langogne, des domaines de Mas-Richard, le Nirgoult, le Monteil, le Cheylaret et St-Clément ; en terre de Grèzes, le village de Claurie avec pâtures et bois.

Eglise et monastère de Langogne en LozèreLes évêques de Mende, du Puy-en-Velay, de Viviers, approuvèrent ces largesses. Le prieuré demeurait sous la dépendance de St-Chaffre mais sous autorité d'un seigneur-prieur claustral relevant directement du siège de St-Pierre et échappant à la domination des comtes ecclésiastiques et laïcs.
Le vicomte Etienne et sa femme faisaient un deuxième voyage à Rome pour "offrir sur le tombeau de St-Pierre leur donation". Sylvestre II, nouveau pape, était Gerbert d'Aurillac, éminent prélat, grand savant, qui, dit-on, avait inventé l'horloge à poids et passait pour sorcier. Il avait su. en tout cas, imposer aux princes laïques la "trêve de Dieu". Il accueillit les généreux mécènes de Langogne et leur fit présent de reliques, fort en vogue de St-Gervais, et St-Protais, ainsi que d'un morceau de la vraie crois.
En moins de cinq ans, église, monastère et château étaient bâtis.

Qu'étaient ces bâtisses qui furent déformées ou ruinées postérieurement par les brigands de la "Société de la Folie", par les routiers Anglais, par les religionnaires de Mathieu de Merle, enfin sous la Révolution ? L'église est restée, à peu près, dans son intégrité, à l'exception de sa façade et de son clocher écroulés puis rafistolés ou reconstruits dans un style architectural dissemblable de celui de leur construction première et aussi par une déformation due à des adjonctions maladroites entreprises pour agrandir le vaisseau principal. Les deux clochers qui flanquaient la façade furent, en effet, écroulés, rebâtis, effondrés à nouveau, puis remplacés, en 1829, par l'unique clocher que l'on s'avisa de jucher sur le chœur. La façade semble remonter à la fin du XIme siècle. Elle a été conçue dans un style gothique disparate du roman-auvergnat de l'édifice. Il y est aménagé un portail pris entre de mièvres colonnes à cannelures et surmonté d'une verrière qui ne manque pas d'allure. L'ensemble est même désaxé par rapport à la ligne médiane de la nef centrale. De part et d'autre de l'entrée, subsistent deux colonnes à soubassement et chapiteau qui laissent supposer qu'elles servaient de piédestal, aux statues des saints patrons de la paroisse.
Les nefs formant les bras de la croix ont été allongées inconsidérément, dans une mauvaise copie de style de l'édifice. L'abside garde empreinte de maladroites retouches.

Malgré ces maladresses de reconstruction, l'église, qui remonte à dix siècles, conserve son tracé primitif. Il épouse la forme de l'époque et dessine une croix dont la pièce principale comporterait trois nefs accotées et parallèles, à arcatures et voûtes plein cintre ; celle du milieu étant plus importante, plus large et plus haute. Au transept, elles sont barrées par d'autres nefs formant les bras de la croix et raccordées par des pilastres volumineux et massifs comportant des colonnes engagées et cantonnées. Le sommet de la croix est constitué par le chœur et ses bas-côtés en une abside arrondie et couverte en demi-calotte.
La construction est lourde, massive, en granit dur et fin, qui ne se retrouve pas en carrière aux environs de Langogne. Des chapiteaux à modillons couronnent les colonnes à la naissance des cintres et des infléchissements courbés. Leur ornementation est simple, naïve ; elle figure des feuilles d'acanthe sommaires, des fruits, fleurs, chimères, démons rustiques et symboliques représentant la médisance, la calomnie, la luxure, le juste, le pêcheur. L'ensemble est ingénu, de pauvre sculpture ; le talent n'a pas suivi l'inspiration.

Eglise et monastère de Langogne en LozèreDes entailles maladroites ont creusé les piliers de chaque côté du chœur pour y encastrer des barrières en ferronnerie sans art. Au fond du sanctuaire, c'est-à-dire derrière le mur de façade, a été hissée une banale tribune destinée à supporter un orgue, qui a le grave défaut de cacher la belle verrière à vitraux.
Le sanctuaire ne possède pas d'œuvre de valeur, ni tableaux, tapisseries, menuiseries, autels, attirant l'attention. Seul lui reste son cachet artistique de pur roman qui en fait la perle du Gévaudan et l'a classé monument historique.

Eglise et monastère de Langogne en LozèreDu château primitif il ne reste ni trace ni souvenir. On ignore même la date de sa desparition. Peut-être était-il incorporé au monastère. Mais de celui-ci il ne resterait a peu près rien non plus, hors des souvenirs personnels qui font voir de quelconques bâtiments, sansart, d'une moinerie qui, en quadrilatère, enclavait une cour possédant en son milieu un puits à margelle. Cette cour était délimitée : au Nord, par l'église ; à l'Est, par le restant de bâtisse sur laquelle on a construit la chapelle, vilaine verrue qui s'accole au sanctuaire ; à l'Ouest, un corps de bâtiment, maintenant rebâti, continuait la nef latérale en bras de croix de l'église et le presbytère, conservant le porche, encore existant, comme moyen d'accès à la dite cour et au sanctuaire ; au Sud, un grand immeuble à étages constituait le principal local du monastère et ne servait plus que de greniers à fourrages et au rez-de-chaussée, de remises et écuries. La façade de ce bâtiment, à l'extérieur du quadrilatère, ouvrait sur un bout du terre-plein maintenant dénommé "place des Moines".

A l'époque, le Maire, M. de Verdelhan des Molles, livrait, inconsidérément, à la pioche de 5 démolisseurs, ce qui restait du monastère, effaçant une prenante page d'histoire locale.
Quant à la chapelle qui, en sorte de crypte, s'ouvre à droite de l'entrée de l'église, elle a l'apparence d'être creusée dans un inesthétique massif de maçonnerie, que des historiographes ont converti en ancien temple païen, transformé en oratoire chrétien, puis incorporé dans la bâtisse du sanctuaire bénédictin. Cette aléatoire supposition n'a d'autre base, comme il a été dit que renfoncement, sans arrêt, et d'ailleurs vérifié, des massifs de maçonnerie dans le sol, à une cadence mesurée qui ferait remonter, peut-être, à l'époque de l'occupation romaine, l'implantation de ses fondations.
De plus, certains écrivains ont prêté, dans le domaine illimité de l'imagination, une fabuleuse ancienneté à la statue de la Vierge honorée en ce lieu. Ou bien, ils la font remonter à une déesse bicéphale venue des bords de l'hypothétique lac de la Ponteyre asséché, pour s'installer à la jonction de l'Allier et du Langouyrou ; ou bien ils lui ont attribué renommée d'une invraisemblable donation d'une icône sainte par le pape Sylvestre II. Il convient, par honnête impartialité, de ramener la légende à la simple vérité historique.

La Vierge, N.-D. de Tout-Pouvoir, est figurée par une statue bicéphale, aux têtes placées l'une devant l'autre, émergeant d'un billot de bois à peine dégrossi et sommairement façonné, n'ayant ni bras, ni jambes. Les figures manquent d'esthétique, de grâce, et sont piteusement bariolées de couleurs sans rapport avec la teinte bistrée des icônes palestiniennes auxquelles se rattache la statue. Ce barbouillage inexpliqué ne remonte d'ailleurs qu'à l'année 1900, date des fêtes dites du «couronnement», ne se rapportant à aucune commémoration et n'ayant d'autre objet qu'une manifestation cultuelle. Antérieurement, pour les fidèles, elle était connue sous l'appellation "Vierge noire", en rappel de la nuance brun foncé qui était la sienne.
Vierge et Jésus-Enfant sont vêtus d'un Damas d'imitation et parés de bijoux de clinquant pour décourager le vol. Leur chef est ceint de couronnes de métal doré serties de cabochons de verreries multicolores.
On a beaucoup brodé sur l'origine de cette statue pour lui attribuer une antiquité qu'elle n'a pas, qu'elle ne peut avoir. En voici la démonstration, en toute objectivité.
On a prétendu qu'elle avait été donnée par le pape Sylvestre II à la vicomtesse Almadis "au cours d'un troisième voyage fait à Rome". Or, elle n'a fait que deux visites à la cité papale, l'une en 998 et l'autre 5 ans après. Jamais il n'a été question du don d'une Vierge mais seulement de reliques de saints et d'un morceau de la vraie croix, remis au vicomte Etienne.

De même valeur reste l'affabulation décrite, soi-disant pour relancer un culte à la Vierge tombé en désuétude. Elle est ainsi présentée: "En ce jour du 11 février 1449, sous le règne de Charles VII et de l'épiscopat de Guy de la Panouse, au nom de Pierre de Cayssac, seigneur-prieur de Langogne et Jean Chapelle, curé du lieu, Jacques de Colombet se présente au château de Charpieu, près de Mende, devant Etienne Teresi, notaire épiscopal, pour le requérir de rédiger une copie authentique d'un vieux parchemin fatigué et difficile à lire (paululum abrasatain lecturâque difficilem)...

Eglise et monastère de Langogne en LozèreCe perchemin disparu et la prétendue copie authentique demeurée introuvable, ne relatait qu'un texte, qui n'était d'ailleurs qu'une opinion, émise par écrit et enveloppé de réserves, déclarait : "Nous avons entendu dire et nous croyons vrai qu'Agelmonde alla trouver, pour la troisième fois, le Souverain Pontife..." rien n'empêchait que la vicomtesse n'eut rapporté de ce troisième voyage hypothétique... qui sait ? une Vierge peut-être ?...
Non seulement cette supposition incontrôlable rend incertaine l'attribution d'ancienneté de la Madone honorée dans la chapelle de l'église, mais sa statuaire écarte la légende.

En France, aucune dévotion n'allait à la Vierge avant le XIIme siècle. Les premières têtes de la Mère du Christ ne sont signalées qu'au XIIIme siècle, encore devine-t-on que leur représentation a usurpé la place réservée à Jésus. La plus ancienne est celle de Chartres. Or, elle n'eût un succès de curiosité qu'en raison d'une sainte tunique que la légende disait avoir été donnée à Charlemagne par un empereur d'Orient et remise à la cathédrale par Charles le Chauve.

Eglise et monastère de Langogne en LozèreUne caractéristique marquait les premières vierges. Aucune n'était couronnée, un simple voile couvrait les cheveux. Toutes étaient représentées assises, exposant sur l'avant de leur giron l'Enfant-Dieu et ne constituant, en somme, qu'un autel de soutien, toute reconnaissance et dévotion allant à Jésus.
A Clermont, à la cathédrale et à l'église romane de N.-D. du Port, se montraient des "Majestatum Sanctae Mariae", également assises, tenant Jésus sur leurs genoux. Leurs bustes étaient des reliquaires contenant des cheveux de Marie, un morceau de pallium, vêtement tissé de ses mains. Là aussi la vénération était exclusivement pour l'Enfant-Dieu.
La Vierge la plus renommée était sans conteste la Vierge Noire du Puy. Des papes, des rois, des chevaliers, des troubadours, la grande foule des pèlerins venaient plier le genoux sur la dalle de lave de son autel, après avoir gravi l'interminable escalier de sa cathédrale, aux décors étranges de coupoles orientales. Elle avait été apportée au Puy par St-Louis qui l'avait reçue du Soudan.
La Vierge de Langogne en est l'exacte reproduction: deux têtes mal façonnées, placées l'une devant l'autre, émergeant d'un billot de bois à peine dégrossi, sans bras, ni jambe. Le teint basané se rapporte parfaitement à une figuration Africaine.

La réputation de la Vierge du Puy lui valut nombreuses imitations. Donc rien de plus naturel que dans leur basilique de Langogne, les Bénédictins aient intronisé une statue identique à celles de leurs autres sanctuaires de St-Pierre-du-Puy, Chamalières, Fraissinet, St-Chaffre...
L'icône venue du Soudan idolâtre, n'était devenue Madone qu'une fois dressée sur son autel; elle n'avait ni le galbe, ni la beauté de l'art raffiné du règne de Louis IX, aussi plus harmonieuse représentation, dans la statuaire, devait être appliquée à partir de ce moment, dans la représentation de la Vierge pour lui donner, avec un prestige personnel, un essor de vénération grandissant. Désormais, ce n'est plus la position accroupie qu'elle aura. Elle acquiert une personnalité, se dresse, tient dans ses bras un Jésus bénisseur, telles les statues de Vierges du Mont-Anis et de la Bonne-Mère de Marseille.
Une fois franchie cette glorification, elle paraîtra seule, dans sa Toute-Puissance, recueillant directement supplications et prières, qu'elle aura à exhausser. C'est la Vierge de Lourdes qui dispense ses grâces et fait ses miracles.
Sans doute, il y aura des variations par influences dévotionneuses ou impressions artistiques, comme les "Piéta" accablées de douleur, défaillantes à la descente de croix ou au bord du sépulcre, mais il ne sagit là que de "Mater Dolorosa". Plus généralement, la Vierge se dresse dans un manteau de pureté, le chef ceint de la couronne de sa Toute-Puissance, en reine du Ciel, elle écarte ses bras accueillants en "Refugium peccatorum".
Ces explications démontrent que la Vierge de Langogne ne peut avoir l'ancienneté qu'on s'est efforcé de lui prêter. Elle se classe parmi les vierges palestiniennes du type de la Vierge noire du Puy. Du reste, la relation qui suit établit bien l'implantation du culte de la Madone du Mont-Anis à Langogne et précise l'instauration de la dévotion qui lui est vouée. Encore que la statue originelle ait vraisemblablement disparu sous la Révolution.
A plusieurs reprises, puisqu'il n'y a que probabilité et non certitude de leur existence, les Vierges du sanctuaire auraient été anéanties. D'abord au moment des incursions des bandits de la "Société de la Folie", puis lorsque les religionnaires de Mathieu de Merle ruinèrent le monastère, renversèrent la façade et les clochers de l'église, brûlèrent autels, statues, mobilier, emportèrent objets précieux et vases sacés. Enfin quand, en 1792, les sans-culottes firent une autodafé de tout ce que contenaient monastère et église; pillèrent les trésors considérés comme biens nationaux; descendirent même les cloches pour les acheminer sur Mende en les destinant à faire des canons.

Eglise et monastère de Langogne en LozèreUne relation, que l'on est bien obligé de tenir comme apocryphe, a prétendu qu'un certain Tantoine, apothicaire, aurait retiré la statue de la Vierge du bûcher, pour l'emporter, l'enterrer dans son jardin, alors qu'éclate une impossibilité manifeste de cette version. Comment Tantoine, devant la foule des incendiaires se serait-il aventuré à tirer du feu une volumineuse statue pour l'emporter, si l'on sait que ce personnage était considéré comme suspect et qu'une perquisition venait d'être faite à son domicile parce qu'il était soupçonné de cacher des proscrits ?

La conviction que la statue de la Vierge qui était honorée à Langogne était bien une reproduction de celle du Puy se confirme par les faits suivants. En 1578, au mois de juin, croit-on, la population se porta "à la pierre plantée" pour accueillir la "Vierge noire" qui était amenée de la capitale Vellave. Processionnellement, moines, prêtres, consuls, fidèles, avec "force musiques et chants" conduisirent la nouvelle Madone jusqu'à l'autel improvisé de l'église paroissiale, édifié pour la circonstance, en attendant que la chapelle actuelle de N.-D. de Tout-Pouvoir, qui sortait de ses ruines et était en cours de restauration, fut à même de la recevoir.
Eglise et monastère de Langogne en LozèreIl y eut prêches laudatifs, hymnes d'action de grâce. bénédictions et chants de circonstance, au milieu d'une foule pieuse et reconnaissante du miracle mémorable dont la "Vierge noire" avait gratifié la ville de Langogne.

A la suite de la misère consécutive à la belligérance, le terrible fléau "la peste puisqu'il faut l'appeler par son nom " sévissait dans la région, à tel point que 2.000 personnes avaient succombé, chiffre énorme pour l'époque. Les habitants de la ville, atterrés, se pressaient dans la basilique pour implorer miséricorde du Ciel. A ce moment, venait de St-Pierre-du-Puy, le nouveau prieur, Farnus, qui avait grande foi en la vierge de N.-D. du Puy. Il fit épouser sa confiance par ses ouailles et invoquant la Madone qui, depuis plusieurs siècles, faisait miracles dans le Velay, il promit solennellement, au nom de la population, que si Langogne était épargnée du fléau, une statue à sa ressemblance serait érigée et honorée en son église.
Bien sûr des précautions furent prises pour éviter l'épidémie, mais indéniablement le miracle s'accomplit et la cité échappa à la peste. Aussi, pour observer le sermentformulé, délégation fut incontinent envoyée au Puy pour y quérir une statue en tous points identique à l'icône miraculeuse soudanaise.

Chaque année, une fête commémorative d'intronisation et d'action de grâce, envers la salvatrice de Langogne, était célébrée en grande pompe. Les successifs prieurs Antoine Juliany, en 1585 et Antoine Robin, en 1589, seigneurs-prieurs Bénédictins, n'eurent garde d'oublier d'évoquer le miracle. En 1597 seulement la Vierge noire, ramenée du Puy, était transférée dans la crypte-chapelle, enfin remise en état. Mgr Adam de Heurtelou, évêque de Mende, enrichissait d'indulgences "la Vierge qui avait sauvé Langogne de la peste". Et, dut-on peiner les commentateurs de légende, il faut bien admettre qu il n'était pas encore question de N.-D. de Tout-Pouvoir.
En conclusion, il y a certitude qu'aucune statue de Vierge n'a survécu aux actes de vandalisme qui ont accablé l'église de Langogne. Il est presque certain que l'actuelle N.-D. de Tout-Pouvoir, en dépit du peinturlurage dont on l'a affublée, demeure une reproduction conforme de la "Vierge noire" du Puy. L'essai de découvrir un âge au "bois vermoulu et friable" de la statue, tenté par un ancien curé, M. Raynal, aurait sans doute, de nos jours, plus de succès avec les progrès de la science. Il est d'ailleurs à peu près certain que ne seraient pas infirmés les faits ci-avant énoncés.
Pour terminer, il convient de rappeler que des fêtes dites "du couronnement" furent célébrées en 1900. Sept évêques, dont Mgr Bonnet, originaire de Langogne et le Père Pie (Pierre-Armand Sabadel), supérieur de l'ordre des Capucins, haute personnalité également née à Langogne, y participaient avec la foule de fidèles venue des environs. La surprise fut de voir apparaître coloriée et carminée l'ancienne vierge noire que les vieux habitants de la ville avaient toujours connue et qui se demandaient pour quelle raison on avait voulu effacer la teinte bistrée palestinienne de leur Madone.

L'Etoile Chambres et tables d'hôtes à La Bastide Puylaurent entre Lozère, Ardèche et Cévennes

Ancien hôtel de villégiature avec un magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile se situe à La Bastide-Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France. Au croisement des GR7, GR70 Chemin Stevenson, GR72, GR700 Voie Régordane (St Gilles), Cévenol, GR470 Sentier des Gorges de l'Allier, Roujanel, Montagne Ardéchoise, Margeride, Gévaudan et des randonnées en étoile à la journée. Idéal pour un séjour de détente.